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West Web Valley devient Xplore, la marque de capital-innovation d’Épopée Gestion

20.10.2026

Article - Les startups qui grandissent le plus vite ont un point commun : elles désenclavent

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Pendant trente ans, innover voulait dire concentrer. Mettre les talents, l'argent et les serveurs sur quelques kilomètres carrés de grande ville, et attendre que ça produise des licornes. Ça a marché. Ça marche encore, d'ailleurs, pour une partie de la tech.

Mais depuis les régions, on voit autre chose. Quand je regarde notamment les entreprises de l'Ouest qui grandissent le plus vite, elles ont un point commun qui n'apparaît dans aucun classement sectoriel : elles vendent la fin de la distance. Un patient à 40 km du premier médecin. Une île qui produit son électricité. Un village où le supermarché livre. Un ouvrier qui n'a jamais eu d'adresse email professionnelles.

Ce marché a un nom un peu administratif, le désenclavement. Chez Xplore, on en a fait une thèse d'investissement.

De quoi on parle

Désenclaver, c'est donner accès à quelque chose (un service, une donnée, une énergie, une information) à des gens ou des organisations qui en étaient coupés. La coupure peut être géographique. Elle peut aussi être médicale, énergétique ou sociale. Dans les quatre cas, le mécanisme économique est le même : le client n'a pas d'alternative, donc il reste.

Voilà ce que ça donne concrètement, avec des chiffres à jour.

Depuis l'espace

On pourrait croire le spatial déconnecté des territoires. C'est l'inverse : les entreprises spatiales de Rennes sont les mieux placées pour parler de zones isolées.

Unseenlabs capte depuis l'orbite les signaux radio des navires. Sa mission est de surveiller les zones de mer où personne ne regarde, celles de la pêche illégale et de la piraterie. Sa constellation compte une quinzaine de satellites, une nouvelle génération est en déploiement depuis 2026, et l'entreprise a levé 85 millions d'euros en 2024, un record pour le spatial français. Elle figure dans le French Tech 120 de 2026.

Dans la même ville, Cailabs met en forme la lumière pour faire passer des données par laser entre un satellite et le sol. Le but : du très haut débit là où la fibre n'arrivera jamais. Plus de dix stations sol sont sous contrat, l'objectif est d'en produire cinquante par an dès 2027, et la société a bouclé 57 millions d'euros en septembre 2025, dont 37 millions de la Banque européenne d'investissement.

Sur les routes

Le Nantais Shopopop fait livrer les courses par des voisins qui font déjà le trajet. Résultat : plus de 10 millions de livraisons, 7 500 commerçants partenaires et 98 % des communes françaises couvertes, dont beaucoup où aucun livreur professionnel ne viendra jamais. L'entreprise est rentable depuis 2023. Nous sommes actionnaires depuis le premier fonds Xplore I.

Pony, à Angers, fait du vélo et de la trottinette en libre-service dans les villes moyennes : Poitiers, Lorient, La Roche-sur-Yon, Limoges. Les grands opérateurs ne s'y intéressent pas, les habitants si. Vingt et une villes, 23 millions d'euros levés en 2024 (Xplore est au capital), et un objectif de 30 000 véhicules en 2027.

À l'échelle nationale, BlaBlaCar est le cas d'école. Frédéric Mazzella, qui est venu trois fois à notre West Web Festival, le disait déjà en 2018 : 85 % des Français ne vivent pas près d'un grand hub de transport. Le covoiturage relie aujourd'hui plus de 800 000 points de rencontre en France, 70 % des lignes de bus de l'entreprise ne passent pas par Paris, et la société est rentable. C'est une licorne construite sur la France des sous-préfectures.

Dans l'assiette

Le Rennais Agriloops, qui est depuis le début dans notre classement Épopée Les 40, élève des gambas en eau salée et fait pousser des tomates avec l'eau des bassins. La ferme Mangrove 1, inaugurée en mai 2025 près de Rennes, vise 50 tonnes de gambas et 70 tonnes de fruits et légumes par an. Les premières gambas ont quitté les bassins en janvier 2026. 13,5 millions d'euros ont été levés pour relocaliser un produit qui vient aujourd'hui à 100 % d'Asie et d'Amérique centrale.

Dans les déserts médicaux

C'est là que l'enclavement fait le plus mal, et là que les modèles sont les plus solides.

Medaviz, depuis Vannes, récompensé très tôt lors de nos West Web Awards, équipe les praticiens pour la téléconsultation et la coordination entre soignants d'un même territoire. 13 900 praticiens inscrits, 7,3 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024 (+21 %), un résultat d'exploitation qui a doublé. L'entreprise est rentable, indépendante, et ses actionnaires sont tous français.

Medadom installe des bornes de téléconsultation dans les pharmacies et les mairies. Dix millions de téléconsultations, 5 500 bornes, et la moitié des patients qui vivent en zone de désert médical. L'entreprise vient d'entrer dans le Next40. Doctolib, la licorne, joue dans la même catégorie : l'accès au soin avant la technologie.

Un mot de prudence, parce que c'est notre métier : Tessan, concurrent direct de Medadom sur les cabines en pharmacie, a été placé en redressement judiciaire en avril 2026. Désenclaver un besoin vital ne garantit pas la rentabilité. Il faut le bon modèle de revenu et la bonne vitesse de déploiement.

Sur les îles

Entech, à Quimper, apporte le stockage d'électricité et les micro-réseaux aux territoires que le réseau national n'atteint pas. En mars 2026, l'entreprise a signé avec EDF pour Ouessant, Molène et Chausey. Elle a fait 76 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, en hausse de 62 %, avec plus de 200 millions de commandes en carnet. Épopée Transitions I est au capital.

Plus au sud, Sunna Design fabrique près de Bordeaux des lampadaires solaires pour les villages sans électricité. Plus de 120 000 installés dans 60 pays, dont 50 000 dans 12 000 villages ruraux du Togo sur un seul contrat de 40 millions d'euros. Une usine girondine qui éclaire des places de village en Afrique de l'Ouest.

Et puis il y a Flying Whales, dont l'usine sort de terre à Laruscade, en Gironde. Un dirigeable de 200 mètres pour livrer 60 tonnes dans des zones sans route ni piste. 300 millions d'euros réunis sur les 450 millions nécessaires, prototype attendu en 2027, premières ventes en 2029. Je le cite comme un pari, pas comme un succès. Il n'a pas encore volé.

Dans les entreprises elles-mêmes

L'enclavement n'est pas seulement une affaire de kilomètres. Quand les entreprises sont passées au numérique, elles ont oublié les salariés sans bureau : ouvriers, chauffeurs, vendeurs. Le Rennais Steeple remplace le tableau d'affichage de la salle de pause par un écran tactile connecté. 1 500 entreprises, 350 000 salariés touchés, 20 pays, sans jamais lever de fonds.

Là aussi, honnêteté : Steeple a traversé une restructuration lourde et perdu une centaine de collaborateurs en deux ans. Le marché existe, les 350 000 salariés le prouvent. Le chemin pour l'exploiter n'était pas le bon du premier coup.

Pourquoi ces modèles tiennent

Une entreprise qui désenclave vend à des clients qui n'avaient rien. Pas de concurrent à déloger, pas de guerre de prix, une fidélité qui vient du besoin et non du marketing. Souvent, le client est une collectivité, un hôpital ou un opérateur d'énergie : le cycle de vente est long, mais le contrat dure dix ans.

Il y a aussi un argument que les fonds parisiens ne voient pas depuis Paris. En France, 56 % des startups sont hors Île-de-France. Pourtant l'Île-de-France capte 74 % des montants levés. Le capital est bien plus concentré que les entreprises. Pour un fonds installé à Brest, Nantes et Bordeaux, c'est exactement l'écart qu'on cherche.

Combien ça pèse ?

On m'a posé la question : quelle part des startups françaises qui réussissent sont des entreprises de désenclavement ? Personne ne mesure ça. Alors j'ai compté moi-même sur la promotion 2026 du French Tech Next40/120, en lisant la proposition de valeur des 120 lauréats.

En lecture stricte (le désenclavement est le cœur du modèle), j'en compte huit : BlaBlaCar, Doctolib, Medadom, Flying Whales, Aura Aero, Shopopop, Unseenlabs, Resilience Care. Soit 7 %. En lecture large (l'accès élargi est un argument central), on monte à une petite vingtaine, environ 15 %. Sur les 40 du Next40, cinq entreprises.

C'est mon classement, pas une statistique officielle. Mais 7 à 15 % des meilleures scale-ups du pays qui vendent l'accès à un public oublié, dans un classement qui récompense surtout l'IA et le quantique, ce n'est pas un angle mort. C'est une catégorie qui n'a pas encore de nom.

Ce qu'on regarde chez Xplore

Quand un dossier de désenclavement arrive, on pose trois questions avant le reste.

  • Qui paie, et pendant combien de temps ? Un service vital dans un territoire peut avoir beaucoup d'usagers et aucun client solvable.
  • Quel est le coût de chaque nouveau territoire ? Une borne, une station sol, un micro-réseau : le désenclavement est souvent physique, donc lourd en capital. Le modèle doit gagner à chaque déploiement, pas seulement au centième.
  • Que se passe-t-il quand l'État change les règles ? Téléconsultation, énergie, agriculture : ces secteurs vivent sous réglementation. On veut des entreprises qui survivent à un changement de tarif.

Les entreprises citées ici passent ces trois filtres, ou sont en train de prouver qu'elles les passent. C'est pour ça qu'on les finance, et qu'on continuera.

L'innovation n'a de sens pour nous que si elle crée des ponts. Le désenclavement n'est pas un handicap régional à compenser, c'est un marché.

Sources : communiqués et presse économique vérifiés en septembre 2026 (Mission French Tech, dossier de presse Next40/120 2026 ; Bpifrance ; BEI ; Le Journal des Entreprises ; Bretagne Économique ; Usine Digitale ; L'Usine Nouvelle ; Paysan Breton ; Le Quotidien du Pharmacien ; baromètre EY du capital-risque S1 2025 ; economie.gouv.fr). Le comptage sur le French Tech 120 est une analyse Xplore.

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Article rédigé par :

Sébastien Le Corfec,
Directeur Écosystème et Sourcing

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